Nouveaux Droits : Question d’ambiguités

De la campagne électorale américaine aux débats à l’ONU, l’« identité du genre » et l’avortement, l’euthanasie et la défense des homosexuels sont devenus les points qui divisent les politiques. Mais, surtout, c’est ici que se joue l’avenir. Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies, nous explique pourquoi.

« ll y a des gens qui soutiennent que les droits des homosexuels et les droits humains sont séparés et distincts, mais en réalité c’est la même chose ». Paroles d’Hilary Clinton. La promotion des droits des homosexuels, en prévision des présidentielles de novembre, est devenue une priorité dans l’agenda politique de Barack Obama.
Entre autres, la Maison Blanche conditionnera un jour, les droits des homosexuels.
En janvier, le Secrétaire général Ban Kimoon, parlant aux pays africains, l’a dit clairement : les homosexuels ne doivent subir aucune discrimination.


Le Conseil des droits de l’homme s’est penché sur ce thème lors de sa session de mars. Elle a repris la résolution intitulée « Droits de l’homme, orientation sexuelle et identité du genre ». Un document qui se préoccupe des nombreux actes de violence et de discrimination envers les personnes homosexuelles. L’an dernier, quand elle fut votée, la résolution obtint la majorité et le Conseil se divisa : les pays européens et américains étaient favorables alors que les pays arabes et africains non. À cette occasion, l’observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, Mgr Silvano Maria Tomasi, souligna la nécessité de respecter les droits de tous mais voulut mettre en garde contre l’usage de termes juridiques ambigus comme « orientation sexuelle » et « identité du genre ». Car les mots sont importants, surtout quand on parle de droit international.

Mgr TOMASI, quels sont les perplexités du Saint-Siège sur le document voté par le Conseil des droits de l’homme ?

Le problème est qu’il n’y a pas besoin de nouveau document. Pour obtenir ce qui est demandé dans cette résolution, il suffit que les États respectent la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Les gouvernements sont tenus par ce qu’ils ont signé.

Vous avez affirmé que l’expression « orientation sexuelle » crée une confusion dans le domaine juridique. Pourquoi ?

Cette expression n’a jamais été clairement définie dans les instruments juridiques des Nations Unies. Une mesure juridique devient difficile à mettre en œuvre sans une définition claire du terme auquel elle se réfère.

Où se trouve l’ambiguïté ?

Dans l’utilisation commune du terme « orientation », on fait référence aux sentiments, aux attirances que les personnes peuvent avoir.
Toutefois le droit ne s’occupe pas des sentiments mais des comportements.
Si dans un texte juridique nous utilisons ce terme, nous risquons de confondre les comportements, sur lesquels il est juste de pouvoir légiférer, avec les inclinations, qui ne doivent pas être à la base d’une discrimination.
Le risque est qu’en confondant ces points, on justifie n’importe quel type d’action.

Cela vaut aussi pour l’expression « identité du genre » ?

La sexualité humaine, comme toute activité volontaire, se place dans une dimension morale. C’est une activité qui place la volonté au service d’une finalité. Ce n’est pas une « identité ».
En d’autres termes : la sexualité fait partie du faire et non de l’être.
Les personnes peuvent donc contrôler librement leurs propres comportements. Mais nier la dimension morale de la sexualité conduit à la négation de la liberté des personnes dans ce domaine. Et cela mine au final la dignité des personnes entendues comme des êtres libres.

Mais ceux qui proposent cette terminologie disent que l’identité ne correspond pas toujours à la nature physique…

Mon corps est ce qu’il est. Et ce n’est pas parce que je pense différemment que je change cette donnée. Il y a un réalisme qui est caractéristique de la tradition chrétienne : une table est une table, un homme est un homme, une femme est une femme.
Si cela est clair, alors ensuite on peut discuter et comprendre le reste pour donner une réponse humaine et compréhensive.

Quelle conséquence le fait de confondre « orientation » et « comportement » peut-il avoir du point de vue juridique ?

Il y a le risque que celui qui s’oppose à l’égalité entre le mariage traditionnel et la vie commune de partenaires de même sexe puisse être accusé de discrimination envers les homosexuels ou violer un droit humain.
Nier la dimension morale de la sexualité conduit à la négation de la liberté des personnes dans ce domaine.
De plus, la menace porte aussi sur la souveraineté des États.

Dans quel sens ?

Il est nécessaire de tout faire afin que les États respectent la dignité de la personne humaine et donc de demander qu’il n’y ait pas de violence et de discrimination. Mais il faut tenir compte aussi de la liberté des peuples. Il faut donc respecter le principe de subsidiarité. Les États doivent prendre les responsabilités qu’ils se sont donnés dans les traités, mais en même temps ils ne peuvent pas être contraints par des décisions globales internationales à aller contre ce qu’ils croient être le bien des personnes et le bien de la famille.

Hilary Clinton a affirmé que les droits des homosexuels et les droits de l’homme étaient la même chose. Partagez-vous cette affirmation ?

C’est l’exemple classique d’une affirmation ambiguë qui peut avoir différentes lectures. Si elle veut dire que la personne humaine a des droits fondamentaux qui doivent être respectés indépendamment des comportements des personnes, alors je suis d’accord : je ne peux pas faire violence à une personne parce qu’elle se comporte sexuellement d’une manière que je ne partage pas. Mais on doit tenir compte du fait que les instruments du droit international existent déjà et on peut y faire appel car ils se réfèrent à tous indistinctement. Et cela ne veut pas dire que nous pouvons créer des droits nouveaux basés sur des émotions et des sentiments particuliers qui protègent des groupes minoritaires.

Qu’est-ce qui est en jeu ?

Pour l’Église le mariage entre un homme et une femme doit être reconnu comme le contexte naturel, et le meilleur, que ce soit pour l’éducation des enfants ou pour le bien de la société. Il y a une grosse différence entre le mariage et l’union de deux personnes du même sexe, justement du point de vue de la contribution que le premier donne à la société. Ce sont deux réalités qualitativement différentes.

Pourquoi ces dernières années la température du débat s’est-elle élevée ?

D’une part, les violences et les discriminations envers les homosexuels existent et sont inacceptables. De l’autre, il y a ceux qui veulent promouvoir une culture différente qui se fonde sur des présupposés anthropologiques différents de ceux proposés par l’Église. Aujourd’hui on considère que l’individu se réalise quand il prend soin de ses exigences physiques, émotives ou intellectuelles. On conçoit donc un individu replié sur lui-même.
Alors que le concept chrétien de la personne est le contraire. Moi je rejoins ma satisfaction quand je suis en relation. La personne est en relation avec les autres et avec l’autre. Cette ouverture arrive ensuite à être ouverture vers la transcendance.

Il n’y a donc pas en jeu que la défense de la famille et du mariage…

Nous sommes face à deux façons de regarder l’avenir. Si la culture publique internationale promeut un individualisme renfermé sur lui-même, il faudra se préoccuper des conséquences sociales auxquelles cela conduira. Depuis quelques années, l’activisme de ceux qui veulent faire paraître normal ce qui ne l’est pas a augmenté. Le critère éthique est dissocié non pas de la nature mais des convictions sociales partagées par la majorité. Cette indifférence éthique peut nous entraîner vers des conséquences désastreuses. La question de l’orientation sexuelle est devenue un symbole mais elle n’est pas en elle-même la question centrale. Ce qui est en jeu est une façon de concevoir la vie, de penser la civilisation et le bien de la cohabitation sociale.
Lors des discussions politiques dans bon nombre de pays, les soi-disant « thèmes éthiques » ont pris le dessus sur les conflits au sujet de l’économie.

Pourquoi selon vous ?

Je vois son origine dans la Woodstock philosophy née dans les années soixante. À ce moment-là, la protestation ne s’articula plus en fonction de la justice sociale mais sur la satisfaction émotive de l’individu.
Le barycentre s’est déplacé d’une préoccupation communautaire vers une préoccupation strictement personnelle. On commença à affirmer une liberté totale qui rendait l’individu toujours plus maître de lui-même. Avec la fin de la guerre froide, nous voyons aujourd’hui que les idéologies du XXe siècle n’arrivent pas à exprimer une réelle proposition sociale et nous nous trouvons face à un paradoxe. La pensée de Woodstock, née d’un refus de la dimension sociale de la personne, engendre aujourd’hui des demandes au niveau social.

Quel est le devoir de l’Église dans ce débat ?

L’Église doit continuer à annoncer l’Évangile. Nous devons réaffirmer de façon libre et désintéressée quelle est la nature humaine. Nous devons redire que l’homme ne se réalise pas seulement dans la satisfaction de ses désirs biologiques et émotifs. Il faut le montrer avec notre propre vie. Nous sommes à un moment où le témoignage chrétien est décisif.

Luca FIORE, TRACES

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